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Ceux qui marchent dans la Brume - extrait VI

Les Hurlements d'Automne - Tome I

Portrait de loup garou en style comics
L'Ombre de Ron - Illustration par Olie Boldador

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Nik ferme les yeux et la forêt se précise. Nous nous arrêtons une nuit d’hiver, glaciale. Une fine couche de neige dure et les cristaux de gel luisent comme des braises à la lumière des flammes.

Tout est figé et encore un peu flou. De simples piquets de bois fichés dans le sol et quelques pierres levées délimitent l’arène, que bordent des loges et des gradins en proie au feu. Çà et là, des masses indistinctes, pitoyables. Je sais qu’il s’agit de cadavres, sans avoir besoin de les voir vraiment. La neige est brune plutôt que rouge, fade, adoucie comme les odeurs et la rumeur étouffée. Même ainsi, l’atmosphère me pèse, saturée de souffrances, de mort.

Nous sommes dans la mémoire d’un corbeau… il peut suivre les défunts. Le teint cireux, des ecchymoses sur le visage et poissant de transpiration dans sa chemise en lambeaux, Nik est plus sérieux que jamais.

— Ron, tu tiens le coup ?

— Je tiendrai tant qu’il faudra, mais je ne serai pas de très bonne compagnie ce soir, j’en ai peur.

— Alors, ne traînons pas. Automne… Nous sommes peu à pouvoir raconter ce qui s’est réel­lement passé, cette nuit-là. N’en parle à personne d’extérieur au clan, surtout, jamais. J’ai essayé de me focaliser sur ce qui nous intéresse, mais tu vas forcément assister à la fin des combats. J’imagine que tu es prévenue…

— Ouais. Je suis venu pour trouver des réponses, pas pour juger de ce qui a pu se passer.

La scène s’éclaircit et retrouve sa terrible netteté, se mettant progressivement en mouvement jusqu’à sa vitesse réelle. Les changeurs se battent au corps à corps, avec ou sans armes. Les blessures infligées sont terrifiantes : membres arrachés, viscères dégoulinants, fragments d’os. Je suis soulagée de percevoir cela par le nez d’un corbeau… c’est déjà suffocant. Nous sommes dans l’arène, devant la loge couverte de Grégoire et des siens. Ils jonchent le sol, çà et là, au pied des luxueuses banquettes auxquelles sont encore enchaînées cinq femmes louves, hagardes, qu’on s’affaire à libérer.

Pour ce que j’en vois, tous les geôliers sont morts. Ceux qui restent sont là pour achever le Fantôme Gris. Bien en vue, malgré les corps furieux qui s’enchevêtrent autour, trône la cage.

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