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Ceux qui marchent dans la Brume - extrait IV

Dernière mise à jour : 1 juil. 2023

Les Hurlements d'Automne - Tome I



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La logorrhée ne s’arrête pas… Je ne me savais pas capable d’élaborer un scénario aussi grotesque. J’ai franchi la ligne rouge, là, en ratant le croisement du non-retour ! C’est donc de cette façon qu’on bascule. Je n’aurais jamais dû remettre un orteil dans cette ville. Je pensais aller mieux, je m’étais persuadée que la vie au grand air et la proximité de mes proches m’avaient sortie d’affaire, mais… pffffuit ! En quelques heures, j’ai tout perdu à nouveau.

Un rire nerveux me secoue. Je suis probablement occupée à tailler une bavette avec une passoire, alors… Monsieur William ne m’impressionne plus tellement.

— Vous devenez lycanthrope, que cela vous siée ou non ! La prochaine pleine lune scellera la transition.

Ah ! On met le doigt sur la faille du délire.

— Mais… Selon vous, je ne viens pas déjà de…

— De fait. C’est inhabituel, pour ne pas dire impossible. Surtout, cela dépasse nos compé­tences et il convient de contacter un spécialiste. Donc… il va falloir nous accompagner.

Là, je ne suis pas d’accord du tout, du tout. La dernière fois, j’ai fini hagarde au fin fond d’une forêt, les pieds tailladés. Je dois me pelotonner dans ma chambre avec un litron de tisane et attendre que ça passe.

— Han han. Oublie. Le seul endroit où j’irai, c’est chez moi.

Mon interlocuteur fictif reste impassible, mais catégorique.

— Ça n’est pas négociable. Vous devez être éduquée ou nous allons droit à la catastrophe. Il n’est pas envisageable de rentrer chez vous tant que vous ne contrôlez pas vos transformations, pour votre sécurité comme pour celle de vos proches. En outre, vous serez désormais tenue d’informer les Brumes locales de votre présence chaque fois que vous souhaiterez rendre visite à vos humains de sang. En tant que veilleurs, notre devoir est de nous assurer de votre bon respect des règles. Pour cela, vous devez d’abord les connaître.

Stop ! Je ne m’enfoncerai pas plus loin dans cette hallucination absurde, je vais sortir d’ici et prendre le train pour rentrer en Normandie, où je chercherai un psy patient, compréhensif et pas trop cher. Je rassemble mes affaires éparpillées, enfin décidée à balayer mes amis imaginaires. Quelle abrutie ! La chute a terminé mon smartphone… Je fourre tout dans mon sac ; on verra plus tard.

« … orpheline, vous devez être conduite auprès d’un lycanthrope capable de vous initier, dans l’espace sécurisé d’un territoire stable. Nous allons devoir vérifier les adresses des membres de votre famille. Si vous pénétrez sur les terres d’autres changeurs sans autorisation, ils sont en droit de vous éliminer. Les frontières sont marquées… » Oui oui, la marmotte, tout ça. Pourtant plus que déterminée, je bloque devant la porte ouverte, comme tout à l’heure.

Bordel de non de… Il y a une main sur mon épaule. Le contact, franc sans être agressif, est beaucoup trop solide, cependant, pour une vue de l’esprit. Je porte toujours un manteau sombre qui ne m’appartient pas.

Si ce n’est pas une crise de délire… William a l’air navré.

— Je regrette, vous ne pouvez pas partir.

Ma fureur jaillit d’un coup. Je veux lui trancher les veines, lui ouvrir la gorge, briser ses os et je veux le faire avec la bouche.

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